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Interview

GLORIA JENSEN, COACH SPÉCIALISÉE DANS L'ACCOMPAGNEMENT DES HPI ET HYPERSENSIBLES, M'A INTERVIEWÉ VIA SON BLOG .DANS "MA DOUANCE, DU TAC AU TAC"

Karina, dis nous....


Ce que c’est être surdoué·e ou Haut Potentiel POUR TOI (ta douance) ?

En fait, La douance ne me définit pas

Je n’associe pas la douance (mon THPI) à ce que je « SUIS » mais plutôt à la façon dont je « RESSENS » (un fonctionnement sensoriel) et dont je « PENSE » (un fonctionnement cognitif)

Elle fait partie de moi. C’est pour cette raison que je préfère dire JE VIS AVEC la douance.

Pour moi, elle est comme les deux faces d’une même pièce, faite d’ombre et de lumières. Elle me permet de trouver l’équilibre entre vulnérabilité et confiance, de mettre en place des stratégies pour répondre à mes besoins spécifiques, et d’intégrer ses atouts pour décupler mes forces.


Si tu devais choisir une image ou un mot clé, qui résume ce que c’est être surdoué·e ?

Plutôt que de la réduire à une caractéristique, je dirai que chacune des caractéristiques de la douance possède, dans ses aspects positifs, une utilité.

Je vois la douance comme un équipement :

  • Une machine à tisser, pour assembler toutes les données et détails subtils perçus dans l'environnement, et les relier à ce qui a déjà été expérimenté.

  • Un radar ou une antenne, qui permet de capter des signaux faibles (ce que d’autres ne remarqueraient pas), d’envisager ce qui pourrait arriver (risques, menaces, ruptures, tendances, enjeux de fond)

  • Un scanner, qui permet de voir au travers de ce qui est visible et de percevoir les nuances les plus fines

  • Un peigne fin, pour défaire des nœuds et résoudre des problèmes  


Comment l’expliques-tu, à une personne qui n’en a jamais entendu parler ?

Je dirai qu’un individu avec douance a une forte capacité de raisonnement et est capable de traiter de nombreuses donnés variables et paramètres aux interactions multiples.


La personne surdouée relie ce qu’elle perçoit du monde extérieur avec son monde intérieur. La façon dont elle perçoit le monde influence son vécu et son comportement mais aussi la façon dans elle va s’engager dans des situations de changement, d’urgence, de nouveauté.

Elle ne se contente pas de modèles imposés, elle cherche à en créer de nouveaux.,


Mais ce n’est pas facile de générer de l’innovation, dans un système qui impose ses propres modèles, processus et résultats,

Ce n’est pas facile de laisser la place à l’expérimentation, dans un système où l’erreur et la vulnérabilité sont considérés uniquement sous l’angle d’une faiblesse ou d’une incapacité, d'une impuissance ou d'un facteur de risque.

Enfin ce n’est pas facile de ne pas s’ennuyer à devoir suivre des méthodes de raisonnement standards qui prennent des sujets complexes et les divisent en unités séparés petites et simples qui sont présentés une par une, quand on possède un raisonnement global, qui lui-même fonctionne par association d’idée, et en étoile.


Pour innover il faut diverger, prendre le risque de se tromper, remettre en cause ce qui semblait être connu et évident. Et une personne surdouée aime souvent apprendre à désapprendre, tester et expérimenter.

Si ce mode de raisonnement n’est pas reconnu et pris en compte, il peut être perçu comme étrange, aux yeux de ceux qui ne traitent pas les mêmes données et générer de l’incompréhension, voir du rejet.

Et voilà pourquoi beaucoup de surdoués après avoir lutté, même maladroitement pour être entendus, chercheront à se camoufler, à se conformer, et à se taire … A moins qu’ils ne soient capables de prendre d’autres chemins pour créer et déployer leurs propres ailes.

La remarque qui t’a le plus scotché lorsque tu en as parlé ?

« Le hpi est une excuse pour ne pas s’adapter ! »

Et c’est pourtant bien là le cœur du sujet…Qui s’adapte à qui au juste ?

La personne avec douance, minoritaire dans son propre milieu (2 % d’individus) peut payer parfois cher son adaptabilité.

Mais selon moi c’est la société dans son ensemble qui paye, sans le savoir, le prix.

Car plus que jamais, pour affronter les grands défis de nos sociétés, nous avons besoin de penser et d’agir différemment pour parvenir à des perspectives différentes face un problème et à des solutions plus créatives.


Ce qui t’énerve dans la douance (de manière générale) ?

Merci de poser cette question. 

Je dirai l’amalgame qui est fait entre intelligence et réussite, de la part des surdoués eux-mêmes et des non surdoués. L’intelligence est avant tout définie culturellement et les représentations que nous nous faisons de l’intelligence stigmatisent les personnes surdouées.
Fort heureusement, Il n’y a pas de corrélation directe entre l’intelligence d’une personne et sa réussite. Car l’intelligence entre en interaction avec la façon dont nous sommes élevés, et le milieu dans lequel nous nous évoluons.

Un individu avec douance possède un potentiel de départ. Les anglais disent gifted (« cadeau »). Les « graines est en terre »…oui mais

La croissance d’une personne, qu’elle soit surdouée ou non (valeurs, identité, vision, ambition), est soumises à de nombreux autre facteurs comme :


  • Son terreau (son histoire, son éducation, ses croyances.),

  • Son estime de soi /sa confiance,

  • Son intérêt/sa motivation,

  • La définition des buts eux-mêmes

  • Son environnement

  • Mais aussi certains troubles cognitifs…


Pour ces raisons, toute personne surdouée ou non, devrait prendre en compte et travailler sur ces propres facteurs, notamment quand il y a une « sensibilité en souffrance » liée au vécu et à la personnalité de chacun.


Ce que tu aimerais mettre en avant de la douance (de manière générale) ?

Celui de la haute sensibilité, qui serait une classe d’intensité de la sensibilité générale partagée par tout être humain.

Le trait de la haute sensibilité (au sens de Elaine ARON) se retrouverait souvent présente dans la douance.  

Cette classe d’intensité amènerait de nombreuses personnes surdouées à remarquer les choses plus intensément. Mais ce trait de Haute sensibilité, se retrouverait aussi chez de nombreuses personnes non surdouées (environ 20%).

La haute sensibilité marquerait un traitement de l’information en profondeur (c’est-à-dire une stratégie de traitement ou de réflexion de manière plus approfondie et élaborée), une surstimulation, une réceptivité émotionnelle plus forte, l’empathie, et une sensibilité accentuée aux subtilités.

Naturellement si vous voyez, ressentez, percevez ce qui se trouve dans l’environnement plus profondément, plus complètement, vous devenez plus conscient de ce qui vous entoure et donc plus facilement sur stimulé et touché par ces détails. C’est un exercice d’équilibre entre l’extérieur (le temps que l’on passe dans le monde) et l’intérieur (le temps qu’il faut pour se retirer du monde)


Ce que tu adores personnellement ?

J’aime à penser que la douance apporte des prédispositions naturelles et faciles à faire certaines choses. Mais J’aime aussi à penser que cela ne suffit pas.

Que la personne surdouée elle-même a sa part de responsabilités pour identifier et développer ce qu’elle fait mieux et plus facilement que les autres, autant que le système dans lequel elle évolue (famille, écoles, entreprises, institutions) a un rôle important à jouer pour offrir un terreau favorable et transformer ces aptitudes en talent et en avantage.

Car quand elle a été acceptée, intégrée et qu’elle peut s’épanouir dans un environnement propice, la douance peut devenir une richesse pure.


Par quelles phases es-tu passé·e depuis la découverte (de ton haut potentiel) ?

J’ai eu besoin d’en parler, de prendre le risque de ne pas être comprise (ce qui a été parfois le cas) mais pour mieux me reconnaître moi ! et j’ai eu besoin de me réserver également un espace d’accompagnement pour travailler sur moi AVEC la douance, et en faire une alliée.


Qu'est-ce que tu t'autorises depuis ?

Apprendre à gérer l’énergie investie et l’énergie disponible.

J’apprends à fonctionner de manière plus efficiente. C’est à dire à ne pas chercher à être trop drivée par « madame parfaite », mais plutôt à faire les « bonnes choses » pour préserver équilibre et performance.

Une représentation que tu veux battre en brèche (sur le Haut Potentiel) ?

Il y a l’idée reçu qu’une personne avec douance ne peut pas faire de mal à une mouche.

Si je caricature, je ne peux que m’alerter de cette croyance. Je pense que comme tout individu, une personne avec douance peut avoir des comportements qui soient toxiques et nuisibles.


Ce que tu veux dire aux personnes non concernées ?

Nous avons plus que jamais besoin d’apprendre à Être uni dans la diversité, de mieux accepter celui qui ne nous ressemble pas. Nous sommes tous l’atypique d’un autre parce que nous sommes avant tout des êtres complexes et singuliers, doués pour certaines choses, vulnérables pour d’autres.

La plupart des personnes surdouées n’ont pas un ego surdimensionné, elles ont juste besoin d’être inclus et reconnus, pour que leur fonctionnement singulier leur permette de contribuer à quelque chose de plus grand qu’elles.


Ce que tu recommandes à une personne qui s’interroge (si elle est ou non HPI) ?

Lire, rencontrer et ne surtout pas s’enfermer dans un stéréotype de la douance. Vous êtes un tout ! Apprenez à mieux vous connaître avec la douance et à faire évoluer vos propres modes de pensée, d’organiser, et d’agir.


L’erreur selon toi, à ne pas commettre pour un·e surdoué·e ?

Rester dans l'illusion d’un système qui serait « contre lui » , rester avec ses propres filtres de perception et croyances limitantes pour se protéger ou sécuriser son identité (conformité implicite).


Ton avis sur le test de QI WAIS ?

Le test de QI ne sert qu’à mesurer la cognition et on ne peut pas résumer une personne à son cerveau !

J’ai eu la chance d’avoir été accompagnée par une psychologue cognitiviste très impliquée dans la connaissance de la douance, et qui a su prendre en compte toutes les dimensions de la douance, de mon parcours et de ma personnalité pendant et après la passation du bilan.

J’ai pu prendre conscience notamment dans la passation du bilan, que l’état émotionnel, physiologique, la disposition psychique ainsi que l’accompagnement du professionnel ont un impact sur le processus et donc le résultat.

J’ai également pris conscience que des troubles peuvent également influer sur les résultats et mettre en évidence d’autres besoins d’adaptation.


Est ce un gâchis , à ton avis, de ne pas se savoir surdoué·e ?

Je répondrai seulement pour moi. Je dirai simplement que je serai passée à côté d’une partie de moi. Le puzzle aurait été incomplet. Mais le savoir ne me suffisait pas, j’avais besoin que ce soit utile 😉

Le savoir m’a permis de mieux m’accompagner d’abord, puis d’accompagner mes enfants, des amis et mon réseau, de réaliser et soutenir un mémoire de recherche sur les enjeux pour l’entreprise d’inclure la diversité cognitive au travail. Enfin je veux me former sur l’accompagnement de la haute sensibilité pour aider les individus comme les organisations à prendre soin de cette dimension « sensible »


Qu’est ce qui rassemble, selon toi, les surdoué·es?

Ce qui me semble commun dans la douance c’est l’accès à la COMPLEXITE et un fonctionnement INTENSE.

Mais ensuite, comme je le disais, il y a de nombreux facteurs à prendre en compte dans le parcours mais aussi des variants dans la personnalité (niveau de haute sensibilité, introverts/extraverti., en cherche de sensations ou pas), et enfin d’autres exceptionnalités (troubles DYS, TSA, TDAH).


Les étapes cruciales à ne pas rater dans le parcours d’un·e surdoué·e avec sa douance?

Je pense que comprendre que la façon dont la douance est vécue, reflète une part de soi qu'il faut explorer. Ensuite il est essentiel d’assumer et de défendre son Ego avec justesse, et faire vivre le lien avec l'autre en co-responsabilité, c’est-à-dire sans être victime, sauveur ou persécuteur de l'autre., sans jeux de pouvoir ou d’influence.


Une intuition sur le sujet (du HPI) ?

Jamais l’Homme n’a été aussi puissant, mais jamais il n’a été aussi vulnérable qu’aujourd’hui

Puissant, car il a su créer en 150 ans, de grandes avancées technologiques, économiques et sociales.

Mais vulnérable, car l’Homme doit aujourd’hui faire face à de nombreuses fragilités et déséquilibres qu’il a lui-même contribué à créer (bouleversements climatiques et disparition de la biodiversité, isolement social…)

Selon moi, la douance est à l’image de ces 2 polarités.

Puissante car ces profils disposeraient de compétences cérébrales pointues amenant à percevoir et traiter l’information différemment et leur permettent d’envisager le monde autrement.

Mais Vulnérable : car les surdoués sont stigmatisés par leur différences visibles ou invisibles (façon de penser, comportement sociaux) et leur parcours professionnel parfois aussi brillant qu’incompréhensible.  En difficultés face à l’incapacité du système de reconnaitre leurs potentialités et de prendre en compte de leurs besoins particuliers


Si nous prenions le temps de réfléchir d’une autre manière à toutes les formes d ’intelligences et de les faire fonctionner ensemble, nous nous donnerions la possibilité d’inclure et de valoriser le potentiel de profils capables d’affronter des problèmes complexes, capables de faire face à l’imprévisibilité, à l’incertitude, et à produire des solutions efficaces particulièrement en contexte de crise ou de transformation pour en faire bénéficier le collectif, et la société dans son ensemble.


A qui aimerais-tu passer la main pour faire un tac au tac touchant et intelligent ? 

J’aimerai surtout donner la parole à une communauté de personnes et à des organisations qui ont su inclure cette diversité dans leur propre système et les laisser témoigner des impacts positifs que cette inclusion a eu en termes d’innovation et d’intelligence collective.

Cet interview, m’a permis d’identifier un petit espace où je peux agir concrètement et de répondre à une autre question plus créative « que puis-je faire là, maintenant, tout de suite ? » et surtout « Avec qui je peux le faire ? ». 😊

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